Apport du multi-traçage isotopique (26Mg, 44Ca et 2H) à la connaissance des flux d’éléments minéraux dans les écosystèmes forestiers

Informations

Gregory van der Heijden
2013-02-04
Salle de Conférences du Campus INRA de Champenoux
14h30
Gregory van der Heijden
Doctorant
Unité 1138 Biogéochimie des Ecosystèmes Forestiers
Institut National de la Recherche Agronomique - centre de Nancy
Tel: 03 83 39 73 27
Jérôme CORTET, Maître de conférences, HDR/Université Paul Valery, Invité -

Isabelle COUSIN, Chargée de Recherches, HDR/INRA, Rapporteur -

Vincent HALLAIRE, Chargé de Recherches, HDR/INRA, Rapporteur -

Yves LE BISSONNAI, Directeur de Recherches, INRA, Examinateur -

Christophe SCHWARTZ, Professeur, Université de Lorraine, Directeur de Thèse -

Christian WALTER, Professeur, Agrocampus-ouest, Examinateur -

Françoise WATTEAU, Ingénieur de Recherches, CNRS, Codirectrice de Thèse

Résumé

De nombreux sols forestiers français sont acides et pauvres en éléments nutritifs et les forêts françaises font face aujourd’hui à des pressions extérieures croissantes. Ces nouvelles contraintes sont d’ordre nutritionnel et/ou sylvicole et/ou climatique et risquent d’impacter la durabilité des écosystèmes forestiers à faible fertilité minérale. Il est donc très important de comprendre et quantifier les processus qui régissent les cycles des éléments nutritifs dans ces écosystèmes afin de prédire au mieux leurs évolutions possibles face à de telles contraintes et ainsi aider les gestionnaires forestiers à prendre des décisions réfléchies pour assurer leur durabilité.

L’objectif principal de cette thèse était de comprendre le cycle du calcium et du magnésium dans un écosystème forestier productif bien que croissant sur un sol très faiblement pourvu en Ca et Mg. Pour cela, nous avons établi dans un peuplement de hêtre âgé de 35 ans des bilans de flux « entrées-sorties » basés sur des mesures classiques de pools et flux entre 2003 et 2008. Puis une expérience de multi-traçage isotopique (2H, 15N, 26Mg et 44Ca) a ensuite été conduite: les traceurs ont été apportés à la surface du sol en avril 2010 sous forme soluble et leur progression a été suivie dans l’écosystème jusqu’en mars 2012.

Les résultats ont mis en évidence le rôle primordial que joue la matière organique dans les cycles du Mg et du Ca, en leur conférant notamment un caractère très conservatif. Le 26Mg et le 44Ca apportés ont été captés dans la fine couche de litière au sol puis lentement libérés. Dans les horizons minéraux, la matière organique du sol, qui semble contribuer à la plus grande part de CEC du sol, a fortement contribué à ralentir la migration du Mg et du Ca à travers le sol. Par rapport au Mg, le calcium apporté a été plus intensément retenu dans la litière, et moins intensément lixivié à travers le sol en raison de sa plus grande affinité pour la matière organique.

Malgré les flux préférentiels d’eau mis en évidence par le traçage au 2H, aucune perte par drainage de 26Mg ou 44Ca n’a été mesurée. Deux années après l’apport, il restait dans la litière 8% du 26Mg et 33% du 44Ca apportés tandis que, respectivement, 52% et 46% ont été retrouvés dans les 10 premiers cm du sol. Les traceurs, rapidement absorbés par les racines fines ont migré dans l’arbre à des vitesses très différentes: les feuilles étaient enrichies en 15N dès le mois suivant l’apport des traceurs, tandis que seuls de très faibles enrichissements en 26Mg (mais pas de 44Ca) ont été mesurés dans la canopée en 2012. Le bilan en 2012 montre les arbres ont absorbé 27% de 26Mg et 20% de 44Ca et qu’ils sont majoritairement concentrés dans les tissus de la base du tronc.
L’utilisation de traceurs isotopiques a permis de mettre en évidence la lenteur de la redistribution de Mg et encore plus de Ca dans l’écosystème, d’une part de la litière vers les sols et d’autre part des racines vers les canopées. Ce comportement est attribué à l’affinité de ces ions pour les charges carboxyliques portées par la matière organique.

Enfin, la dilution isotopique mesurée dans les différents compartiments de l’écosystème à l’issue de deux années a permis de calculer des bilans et ainsi de valider les pertes de Mg calculées par l’approche classique de « bilan de fertilité minérale ». En revanche, les pertes de Ca calculées par cette même approche ont été mises en défaut, démontrant la contribution d’une source externe (absorption par les feuilles, altération…) ou interne (mobilisation du stock des tissus ligneux), non prise en compte dans l’approche classique.

L’ensemble de ces travaux souligne l’intérêt de l’approche « traçage isotopique » en complément des approches conventionnelles afin d’étudier la fertilité minérale des écosystèmes forestiers.

 

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