Hénin Stéphane ( 1910-2003 )

Hénin Stéphane ( 1910-2003 )

Introduction :

 

Stéphane Hénin, professeur à l’Agro, Directeur du département Agronomie de l’INRA, a publié en coopération un ouvrage célèbre “Le profil cultural” dans lequel transparaît toute sa rigueur scientifique

 

Biographie :

 

Un géant de la science des sols durant notre dernier demi-siècle, notre ancien président S. HÉNIN (1968 – 1971), vient de s’éteindre dans sa 93e année (4 juin 2003). C’est une grande perte pour l’AFES dont il avait été un des membres fondateurs en 1934 ; c’est aussi une grande perte pour la science des sols française qu’il a irriguée abondamment durant près de 70 ans, tant par ses travaux originaux que par la sagacité de ses interventions et la pertinence de ses réflexions. Les autorités de l’État en étaient d’ailleurs bien conscientes, puisqu’elles l’ont récompensé en lui conférant le grade de Commandeur de la Légion d’Honneur.

  1. HÉNIN a fait pratiquement toute sa carrière active au sein du département d’agronomie de l’IRA, devenu INRA en 1946, en dehors de l’intermède à l’agro, en tant que professeur d’agriculture générale, entre 1959 et 1965. Élève direct de Albert DEMOLON au sein du laboratoire des sols créé à Versailles en 1934, il lui a succédé comme directeur en 1945 ; dans ce cadre il a eu de nombreux élèves, en provenance de l’INRA et d’ailleurs, avant de devenir chef du département d’agronomie entre 1965 et 1974, date à laquelle il a pris sa retraite INRA.Durant cette époque et dès 1945, il a aussi aidé et participé avec G. AUBERT à la création de la section de pédologie de l’ORSTOM, puis à son développement en dispensant un enseignement novateur à de nombreuses promotions de pédologues, traitant de la minéralogie des argiles (1945 – 1965) et de la physique du sol (1945 – 1976). En outre, il a participé plus tard à la mise sur pied du SESCPF (service d’étude des sols et de la carte pédologique de France), qu’il a ancré dès sa naissance auprès du département d’agronomie de l’INRA. Après sa retraite, S. HÉNIN a continué à travailler en mettant son expérience au service du Ministère de l’Environnement, qui venait d’être créé, dans le cadre du comité ” sols et déchets solides “, comité qu’il a présidé jusqu’en 1994. Il s’est également investi dans le groupe de travail ” activités agricoles et qualité des eaux “, ce qui l’a amené à rédiger un rapport en 1980. C’est ce rapport qui fait date – et qu’on appelle ” Rapport Hénin ” quand on s’y réfère aujourd’hui -, qui a conduit les pouvoirs publics à mettre en place le CORPEN dont la mission n’a fait que s’élargir depuis cette époque.

Auteur de nombreuses publications, S. HÉNIN était très connu au plan international et à ce titre, il a fait honneur à notre pays par exemple en tant que président de la commission de physique du sol (AISS) (1950 – 1954), puis vice-président de l’AISS (1954 – 1956) ayant en charge l’organisation du VIe congrès international de la science du sol qui s’est tenu à Paris en 1956. Par ailleurs, il a été un des membres fondateurs du Comité International pour l’Étude des Argiles (CIPEA) à Londres en 1948, comité dont il a assuré la présidence entre 1948 et 1950.
Il est très difficile de relater dans une note nécessairement limitée toutes les facettes des apports de S. HÉNIN, qui vont de l’obtention de résultats fondamentaux en science des sols jusqu’à leur mise en application dans le domaine agronomique. Comme pour A. DEMOLON, la recherche reposait avant tout pour lui aussi sur la connaissance des phénomènes fondamentaux caractérisant les sols, puis sur l’étude des conditions de leur mise en œuvre en agronomie. Pour ce faire, il a été un fervent adepte de la méthode expérimentale, tout en n’oubliant pas d’utiliser l’observation et la description chères aux naturalistes; d’autant qu’il était lui-même un remarquable observateur. Les principaux domaines qu’il a irrigués se situent en dehors de ce qui était jusqu’alors le principal objectif des scientifiques des sols cultivés, à savoir la chimie appliquée à l’agriculture en vue de l’amélioration de leur fertilité. On peut citer :

– la physique du sol: connaissance de l’évolution de la structure et de sa stabilité, relations climat-eau-sol, labours, propriétés mécaniques, phénomènes érosifs, etc.

– les argiles des sols. Dans ce secteur, S. HÉNIN a développé une série d’études en minéralogie des argiles et, ce, à une époque où l’on savait très peu de choses; puis il a réalisé tout un ensemble de recherches expérimentales sur la synthèse des argiles, qui lui ont apporté une grande notoriété. G. MILLOT a pu écrire lors de son jubilé en 1980 : ” S. HÉNIN a été un artisan du changement complet de notre compréhension de l’argile des sols “.
– la matière organique du sol, en proposant une nouvelle approche basée sur l’utilisation de la méthode densimétrique (physique et non chimique) en vue de la séparation des M.O. libres (produits bruts) et M.O. liées (matières humifiées), l’introduction du fameux coefficient isohumique, et enfin la mise au point dès 1945 d’une modélisation mathématique permettant de suivre en fonction du temps l’évolution respective des différentes fractions organiques.
Tout ceci l’a conduit à formuler en 1960 le concept novateur de ” profil cultural “, qu’il a défini lui même lors du cinquantième anniversaire de la fondation de l’AFES en 1984, comme étant ” l’ensemble constitué par la succession des couches de terre, plus ou moins continues, individualisées par l’intervention des instruments de culture, des racines des végétaux et des facteurs naturels réagissant à ces actions ” (AFES – Livre jubilaire du cinquantenaire). Ce concept a permis de réconcilier la pédologie, basée sur l’observation statique de profils naturels, et l’agronomie, qui reposait essentiellement sur la caractérisation chimique d’échantillons de sols cultivés; ce faisant, il a été amené pour la première fois à faire pénétrer l’aspect dynamique et le court terme (saison, année, décade,etc.) en pédologie. Son ouvrage sur le sujet, paru en 1960 et réédité en 1966, demeure semble-t-il dans le domaine scientifique son œuvre majeure, tant ce concept reste toujours d’actualité en vue de l’étude des terres agricoles (cf les recherches récentes concernant la culture sans labours ou bien les travaux culturaux simplifiés (TCS) prônés par l’agriculture de conservation dont, en dehors des zones tempérées, le monde entier semble avoir bien besoin de nos jours).

  1. HÉNIN a ainsi durant sa longue carrière beaucoup apporté à la science des sols et à l’agronomie. Il l’a fait à travers ses travaux personnels et, surtout, à travers les recherches qu’il a initiées auprès de ses élèves directs et de leurs successeurs. Il a ainsi créé une ” École” qui n’est pas prête de s’éteindre. N’est-ce pas là en dernière analyse, ce qui constitue pour la postérité la marque la plus patente de l’influence des grands ” Maîtres” ? Georges PÉDRO, Secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture de France 
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