Liebig Justus von ( 1803-1873 )

Liebig Justus von ( 1803-1873 )

Introduction :

Connu du grand public pour avoir inventé le « bouillon cube » ce chimiste a jeté en 1840 les bases scientifiques éclairant la nutrition minérale des végétaux

 

Biographie :

Le présent texte est extrait des annexes de l’ouvrage « Portraits d’agronomes » par J. Boulaine et Jean-Paul Legros, chez Lavoisier, en 1998.

Justus von Liebig, chimiste et agronome allemand est né à Darmstadt, ville de la moyenne vallée du Rhin dans la Hesse, en 1803. Il est mort à Munich, en 1873.
Membre de toutes les Académies d’Europe, Liebig est l’un des fondateurs de la Chimie organique. Le nombre de ses publications dépasse 750 (bibliographie de M. Pantoloni en 1990). Ses ouvrages ont été traduits dans de nombreuses langues et ont fait l’objet de nombreuses éditions.
Fils d’un droguiste, il se passionna très jeune pour la chimie. Il fut étudiant à Bonn puis à Erlangen; il vint à Paris en 1823, grâce à une bourse. Il fut alors l’élève de Thénard et de Gay-Lussac et reçut le patronage de Humboldt. Celui-ci le recommanda au Grand-duc de Hesse. Il passa sa thèse à Giessen puis y devint professeur, en 1824. Dès lors, son laboratoire constitua un foyer de formation et de recherche dans le domaine chimique. Il rayonna sur l’Europe entière, jusqu’en 1852. Il eut 731 élèves (300 pharmaciens et 431 chimistes). Plusieurs d’entre eux, peut-être une soixantaine, devinrent professeurs de Chimie et transmirent son enseignement dans toute l’Europe et aussi en Amérique. Le laboratoire de Liebig, à Giessen, a été conservé et transformé en musée où sont conservés de très nombreux souvenirs de Liebig, de ses maîtres et de ses élèves.
En 1837, il assista au congrès tenu à Liverpool, de l’Association britannique pour l’Avancement des sciences (fondée en 1832). Elle émit le voeux de voir rédiger un ouvrage sur les rapports de la Chimie et de l’Agriculture. La demande fut adressée à Liebig qui rédigea un livre sur « La chimie organique appliquée à l’agriculture et à la physiologie » (Brunswick, septembre 1840). Ce texte est à l’origine de l’emploi des engrais chimiques et de leur industrie. En fait, ce livre reprend un texte publié par l’auteur, en français quatre mois plus tôt, comme introduction à son « Traité de Chimie Organique » (avril 1840, Fortin et Masson, Paris).
La théorie de l’alimentation minérale des plantes était accompagnée de deux lois (plus ou moins formulées comme telles) :
– la loi de restitution,
– la loi du minimum.
Ces deux lois ont été confirmées par toutes les expériences ultérieures et sont, encore de nos jours, les lois fondamentales de l’agronomie.
Contrairement à une légende tenace, les idées de Liebig ne furent pas adoptées facilement en France même si elles le furent d’emblée en Angleterre et en Europe Centrale.
Les opposants à Liebig se manifestèrent et le plus notable fut Berzélius (cf. Duby, Histoire de la France Rurale, t. 3). En France, J.B. Dumas et J.B. Boussingault mirent très longtemps à accepter la théorie de l’alimentation minérale et surtout l’importance du phosphore et du potassium. Il se trouva par ailleurs que les années 1842 à 1846 furent très mauvaises en Europe centrale. Beaucoup d’expériences faites hâtivement pour vérifier les nouvelles théories eurent des résultats limités. Mais, peu à peu, des travaux sérieux furent menés à bien et les idées avancées par le savant de Giessen reçurent d’éclatantes confirmations.
Les anglais comprirent très vite l’intérêt des idées nouvelles (Lawes, Muray, Gilbert). Liebig lui-même fut long à tirer les conséquences pratiques et commerciales de ses découvertes. En 1855, il assista à la création d’une firme et de quelques usines de fabrication des superphosphates, en Allemagne, à Lehrte et en 1857 à  Heufeld. Les américains suivirent vers 1857. Les français ne commencèrent à croire aux engrais minéraux qu’après la guerre de 1870 (Saint-Gobain, Chauny en 1871 et Montluçon en 1872).
Pour ce qui est du potassium, Liebig savait que les sels de ce métal sont très solubles et il professait qu’il était inutile d’en ajouter aux sols car ils seraient entraînés par l’eau de pluie. Lorsque Way, vers 1850, montra le pouvoir absorbant du sol et définit une capacité d’échange, on comprit que le potassium pouvait être fixé sur les argiles du sol. La découverte des gisements de sels de potassium, à Stassfurt, mit sur le marché des quantités considérables de sels à des prix bien plus bas qu’auparavant. En visitant une exposition à Francfort, en 1865, Tisserand avait appris la découverte d’un autre gisement, en rive droite du Rhin. Il en avait fait le rapport au gouvernement en ajoutant que le gisement devait se poursuivre en Alsace. Mais les mines de potasse de la rive gauche du Rhin ne furent découvertes que dans les années 1900, par les Allemands ! Leur exploitation n’eut vraiment lieu qu’après la guerre de 14, lorsque l’Alsace retourna à la France.
Liebig croyait que les plantes absorbaient directement l’azote de l’air. Boussingault et l’équipe anglaise de Rothamsted démontrèrent plus tard que cela était faux. De plus Liebig, ayant montré que l’humus du sol contenait des quantités énormes d’azote par rapport aux besoins des plantes, niait tout intérêt à la fourniture d’engrais azotés, même sous forme organique.
Jean-Baptiste Dumas et Jean-Baptiste Boussingault eurent donc, au début, une attitude très négative vis-à-vis des théories de Liebig. Il fallut toute la diplomatie de Kuhlmann pour réunir, en 1850, les trois hommes à Loos, dans la banlieue de Lille où Liebig reçu la croix d’officier de la Légion d’Honneur de la main de Dumas alors ministre du Commerce et de l’Agriculture.
En 1852, Liebig est nommé professeur à Munich. Anobli en 1854 par le Grand-duc de Hesse-Darmstadt, il fit peu de cas de cette distinction.
Les Muspratt étaient des amis de Liebig. Le fils Muspratt était l’un des étudiants du savant. Sa soeur, Emma, âgée de 18 ans, était en visite dans la famille Liebig lorsqu’elle fut atteinte du choléra. Cette maladie est souvent mortelle. Liebig eu l’idée de traiter la viande que l’on donnait à la jeune fille par une solution diluée d’acide chlorhydrique pour accroître la digestibilité du produit et éviter les vomissements. La jeune fille survécut, pour la plus grande gloire du savant. Sa propre fille contracta la même maladie; elle subit le même traitement et fut sauvée également.
A Munich, où sa statue existe encore dans le centre ville, Liebig faisait partie de l’Académie de la Ville. Il y fit des interventions remarquées. Il y plaida, en particulier, l’installation des grandes Ecoles d’agronomie dans les villes universitaires. Boussingault s’inspira du discours de Liebig pour demander l’établissement de l’Institut national agronomique à Paris au lieu de Versailles où on envisageait de le reconstituer. Il eut gain de cause.
C’est à Munich que Liebig inventa l’extrait de viande qui porte encore son nom et l’a rendu célèbre dans les familles. Ce produit lui fit gagner 200 000 marks. Il vendit son brevet et ses installations à une firme belge qui s’installa en Argentine. Par la suite, l’affaire fut reprise par un groupe français.
Deux de ses collaborateurs gagnèrent beaucoup d’argent. L’un découvrit l’intérêt du carbonate d’ammonium comme levure chimique. L’autre prépara des produits pour nettoyer les objets d’art.
Liebig avait, comme on dit, un caractère affirmé. En clair, il avait très mauvais caractère. Whoeler (1800-1882), professeur de Chimie à Göttingen et ami de Liebig, exhorta souvent le biologiste à tempérer ses éclats. Le 9 mars 1843, il lui écrivit par exemple : « Il est inutile de partir en guerre contre (…) qui que ce soit (…) mais quelle idée de conseiller à un lion de manger du sucre ! ». En même temps, Liebig était dévoué et fidèle à ses amis. Au nombre de ceux-ci, il faut compter les chimistes français Pelouze (1807-1867) et Kuhlmann.
A la fin de sa vie, Liebig eut une controverse assez sévère avec Pasteur au sujet des fermentations. Liebig y voyait un processus essentiellement chimique et Pasteur un phénomène biologique. Les démonstrations de Pasteur et surtout le décès de Liebig arrêtèrent la polémique.
Liebig garda toute sa vie une grande reconnaissance à Thénard et fut un francophile très fidèle : son attitude pendant la guerre de 1870 fut admirable; il fit tout ce qui lui était possible pour adoucir le sort des prisonniers français.
Liebig reçu d’ailleurs de nombreuses distinctions. Il fut nommé correspondant de l’Académie des sciences en 1842, membre de la Société d’agriculture en 1856 – quatre années après Lawes – et à l’Académie des sciences de Paris, en 1852 seulement.

Jean-Boulaine, Académie d’Agriculture de France

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