Poss Roland ( 1953-2013 )

Introduction :

Roland Poss a été président de l’AFES entre 2006 et 2008. Son action a été tournée vers le grand public et particulièrement vers les scolaires et leurs professeurs.

Biographie :

Roland Poss est né le 6 janvier 1953, il est décédé le 31 mai 2013.

Il est admis à l’Institut national agronomique Paris-Grignon en 1974. Il écrira plus tard : passionné de toujours par les activités de plein air je cherchais inconsciemment une voie qui me permettrait de ne pas rester cloîtré dans un bureau. Il est spécifiquement intéressé par les cours de pédologie de Jean Boulaine et mentionne aussi l’influence, sur sa vocation, de l’assistant de l’époque : Michel-Claude Girard. Il postule à l’Orstom (aujourd’hui Institut de recherche pour le développement – IRD) et est  successivement affecté  en Côte d’Ivoire (1975-1980) puis au Togo  (1980-1989). Dans les débuts, il procède à des inventaires de la couverture pédologique. Puis au Togo, il met en place un dispositif expérimental à base de bougies poreuses et de mesures tensio-neutroniques pour cerner le fonctionnement hydrique des sols sableux et l’alimentation des plantes en différents types d’ions. Cela lui permettra de soutenir sa thèse à l’Université Pierre et Marie Curie, en 1991. Elle a pour titre : Transferts de l’eau et des éléments minéraux dans les terres de barre du Togo, conséquences agronomiques. Son passage au Togo lui a apporté une grande expérience et une passion pour le milieu tropical qui marquent toute sa vie professionnelle.  En 1996, il en tire un livre qui montre que, loin de se cantonner à sa parcelle expérimentale, il a parcouru tout le pays : Etude morphopédologique du nord du Togo (144 pages, éditions ORSTOM).

Il rentre en France et est affecté à Cadarache (1989-1992) au laboratoire de Radio-agronomie, où se trouvait alors Jean-Claude Fardeau dont il est resté très proche sa carrière durant. Puis il passe rapidement à Montpellier (1994-1995). Après quoi, il part en Australie (1995-2001) puis en Thaïlande (2001-2008). Il  acquiert donc une expérience internationale de premier plan.  Enfin, il revient à Montpellier. Au total, il aura passé 21 ans à l’étranger. Partout, il aura laissé un excellent souvenir.

Pour situer ses travaux donnons seulement les mots clé qui apparaissent dans les titres de ses nombreuses publications : transferts, bilan hydrique, infiltration, lixiviation, capteurs de solution du sol, prélèvements minéraux, potassium, calcium, aluminium, dynamique des protons, gypse, chaux, fertilisation, maïs, coton, ferralsols…

Pour l’ensemble de ses travaux sur la fertilité en relation avec le cycle des éléments minéraux dans les sols tropicaux et pour le rôle qu’il a joué dans la coopération avec les pays d’Asie et d’Afrique,  il recevra en 2009, une  médaille d’Or de l’Académie d’Agriculture de France.

Tout cela lui permet de mener une belle carrière administrative : Chargé de recherche (1994), Directeur de recherche de 2e classe (2005),  Directeur de recherche de 1ère classe (2009). Il a siégé comme membre élu de la commission d’hydrologie-pédologie de l’IRD, a été directeur de son unité de recherche et directeur adjoint d’un Institut Fédératif de recherche (IFR). Il a été coordinateur d’un réseau franco-thaïlandais.

En 2011, il obtiendra l’Habilitation à diriger les recherches (Université Nancy I).

Il était  Chevalier du mérite agricole (1975).

Il a été élu président de l’Association Française pour l’Etude du sol, pour trois ans comme le veut la tradition : 2006, 2007, 2008.  Il succède alors à Daniel Tessier. A ce poste il va mener différentes tâches classiques tout comme ses prédécesseurs et successeurs. En plus, il va particulièrement s’illustrer dans la diffusion de la science du sol hors de son cercle habituel d’initiés. Il a indiqué vouloir œuvrer dans cette direction en rédigeant sa profession de foi pour être  élu au Conseil d’Administration de l’AFES. Donc, pour élargir notre audience, il assure d’abord la traduction d’une plaquette éditée en anglais par des responsables de l’Association Internationale de la Science du Sol. Dans notre langue, ce sera : Le sol, épiderme vivant de la terre. Mais, avec Alain Ruellan, il juge que le texte pourrait être beaucoup amélioré. Tous les deux ils composent une nouvelle plaquette très synthétique et richement illustrée. Ils cherchent et obtiennent l’argent nécessaire pour l’éditer et la distribuer. Elle a pour titre : Les sols pour l’avenir de la planète Terre. Elle sort en 2008, à l’occasion, justement, de l’année de la planète Terre. Le succès est considérable. Il faut un second tirage. Au total environ 35 000 exemplaires seront distribués avant 2012, en particulier auprès des professeurs des Sciences de la vie et de la Terre  (SVT) dans les lycées et collèges.

Il veut aller plus loin. Soutenu par Etienne Guyon, physicien et directeur honoraire de l’Ecole Normale Supérieure, il fait partie de la commission placée sous l’égide de l’Académie des Sciences et qui s’est donné pour tâche de réintroduire la science du sol dans l’enseignement secondaire. Il apparait en effet que notre discipline est intéressante dans le cadre de l’enseignement, ceci pour diverses raisons : elle est d’interface ; elle se prête à l’observation dans le milieu naturel et à des expérimentations simples ; elle est  éminemment utile pour nourrir les hommes sans cesse plus nombreux sur notre Planète. Roland monte à Paris et ,parfois, reçoit à Montpellier Etienne Guyon et d’autres membres de la commission.  En apparence ce sera l’échec par suite d’un changement d’objectif des responsables politiques. En réalité, il restera des efforts le fait que l’association des professeurs de biologie-géologie a bien pris conscience de l’importance de la Science du Sol. En plus, tout cela a conduit à la mise sur pied, en 2011, de la Fondation  La main à la pâte qui a pour objectif central d’aider les enseignants à découvrir et à enseigner la science et la technologie, ceci sous le patronage de différents Ministères. Les membres fondateurs sont Normale Sup (Paris et Lyon) et l’Académie des Sciences.

Quand Etienne Guyon compose, avec Alice Pedregosa et Béatrice Salviat, un ouvrage De quoi est fait le Monde, comprendre la matière et ses usages sur 100 sujets, c’est à Roland qu’il fait appel pour y traiter du sol. L’ouvrage a reçu le prix Roberval de littérature scientifique grand public.

En 2010, Roland prend sa retraite alors qu’il n’a encore que 57 ans. Peut-être sentait-il déjà que le temps lui était cruellement compté. Il se passionne alors pour l’oléiculture et plante en oliviers la partie supérieure et inculture du terrain de sa villa. Il installe diverses variétés et amène l’irrigation au goutte-à-goutte. Comme pour tout le reste, il a fait les choses sérieusement allant même jusqu’à passer un diplôme d’oléologie (Université Montpellier I, 1989). Mais son terrain rocailleux ne lui suffit pas : à partir de 2002, il achète ou loue diverses olivettes en déshérence. Cela représente plus de 350 arbres au total. Les investissements sont considérables et les profits moins gras que son huile, mais peu importe, il se donne complètement ! A partir de 2008, il anime un réseau d’oléiculteurs, donne des conférences sur l’oléiculture, organise des dégustations d’huiles d’olive et aussi d’olives de table. Il convie ses amis à partager sa passion.

Roland avait de l’humour, du bon sens, de la persévérance, une grande force de travail. Il était curieux de tout. Il était un compagnon des plus agréables, doux et attentif aux autres, enthousiaste, toujours de bonne humeur et de bon conseil. Il était très attentif à ses collaborateurs, savait les écouter, apprendre à
leur contact et, conjointement, cherchait à les faire progresser et à les
mettre en avant.

Malgré son courage dans l’épreuve et sa volonté de vivre, une terrible maladie a eu raison de lui. Ses obsèques, le mercredi 5 juin 2013, ont donné lieu à une émouvante cérémonie : il a été transporté dans l’olivette du Mazet où, ses amis ont exprimé leur sympathie et livré leurs souvenirs en présence de son épouse Sylvie Poss et de ses quatre enfants.

A 10 000 km de là, en Thaïlande, à Khon Kaen exactement, Madame Khun Tum, son assistante de la première heure, a organisé le même jour une cérémonie bouddhiste en son souvenir…

Alain BRAUMAN, Jean-Luc CHOTTE, Jean-Claude FARDEAU, 
Christian FELLER, Michel-Claude GIRARD, Étienne GUYON,
Christian HARTMANN, Jean-Paul LEGROS, Clément MATHIEU,
Gérard SOUCHE, Daniel TESSIER

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