Ruellan Alain ( 1931-2012 )

Introduction :

Alain Ruellan a été un des acteurs majeurs de la Science du sol française moderne par ses travaux, par son enseignement, par les hautes fonctions qu’il a occupées et, par dessus tout, par son dévouement sans bornes à notre discipline.

Biographie :

Alain Ruellan est né le 7 Août 1931 à Bourg-la-Reine (Hauts de Seine, France) et décédé le 14 juin 2012 à Nice (Alpes-Maritimes, France), à l’âge de 80 ans.

Agronome, diplômé de l’École Nationale d’Agriculture de Rennes (Ille et Vilaine, France) en 1954, il réalise ses premières études pédologiques sur les sols à accumulations calcaires du Maroc en 1957, pour l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (ORSTOM). Après dix années passées au Maroc, il poursuit ses travaux à Dakar (Sénégal) en tant qu’animateur de recherche sur les sols tropicaux et méditerranéens. Ceci le conduit à présenter sa thèse de Doctorat ès Sciences Naturelles à l’université de Strasbourg (France) en 1970 : Contribution à la connaissance des sols des régions méditerranéennes: les sols à profil calcaire différencié des plaines de la Basse Moulouya (Maroc Oriental).
En 1972 il est nommé professeur à l’École Nationale Supérieure Agronomique de Rennes où il développe un enseignement, qu’il poursuivra jusqu’en 1999, basé sur la morphologie des sols et s’appuyant fortement sur les sorties sur le terrain. Il y fonde le laboratoire de Science du sol de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) en recrutant une équipe pluridisciplinaire (pédologie, géochimie, hydrologie, agronomie). L’approche pluridisciplinaire des sols fut la marque de son enseignement et de ses thèmes de recherche. Durant cette période rennaise, il retourne au Brésil (trente ans après avoir quitté le pays d’adoption de son père), y enseigne la morphologie des sols et s’investit dans l’éducation populaire auprès des paysans.
En 1982, il est nommé directeur général de l’ORSTOM (devenu depuis Institut de Recherche pour le Développement, IRD) qu’il dirigera jusqu’en 1987. Il transformera complètement cette institution qui (i) changera de statut officiel en devenant un établissement public de recherche scientifique (EPST) au même titre que le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), (ii) sera dotée de départements pluridisciplinaires, alors que l’ORSTOM antérieur était organisé en disciplines. A travers l’ORSTOM-IRD, Alain Ruellan pourra développer sa philosophie et son action pour le soutien des recherches dans les pays du Sud ; recherches qui ont pour objectif à terme de permettre aux pays du sud d’acquérir leur indépendance (alimentaire, sanitaire, énergétique) par rapport aux pays du nord. Il a ainsi impulsé des réformes capitales qui ont redynamisé l’actuel IRD et orientent aujourd’hui encore son activité.

En1989, il prend la direction du Centre national d’Etudes Agronomiques des Régions Chaudes (CNEARC) à Montpellier jusqu’en 1996. Dans le même temps, de 1990 à 1994, Alain Ruellan dirige aussi la recherche environnementale au CNRS et met en place un programme de recherche interdisciplinaire en sciences biologiques et en sciences sociales. Durant toute cette période riche en responsabilités, il ne quitte jamais son activité d’éducation en Science du Sol : à partir de 1989, il met au point, progressivement toute une chaîne d’outils pédagogiques (livres, films, expositions, CD, DVD, plaquettes…). Et son intérêt pour le Brésil ne le quitte pas puisqu’à partir de 1988 il se passionne, scientifiquement et politiquement pour l’Amazonie, et en particulier pour le programme de Développement Durable de l’Amapa.
Parallèlement à son activité de gestion, d’animation et de recherche, Alain Ruellan occupe de 1986 à 1992 la fonction de vice–président, puis de président de l’Association Française pour l’Etude du Sol (AFES), et de 1994 à 1998 celle de l’Association Internationale de Science du Sol (AISS). Dans cette fonction, il fut extrêmement actif puisque, non seulement il organisa à Montpellier le 16ème  Congrès International de Science du Sol (sur le thème des relations entre les sols et les sociétés humaines, entre les systèmes pédologiques et les systèmes sociaux), congrès qui reste gravé dans toutes les mémoires des pédologues du monde, mais aussi il transforma l’AISS en Union Internationale de Science du Sol (UISS) avec une organisation largement pluridisciplinaire. A partir de 2002, il devient Membre honoraire de l’UISS.
Ces dernières années, Alain Ruellan a continué d’œuvrer largement pour la science du sol, avec, entre autres : (i) la co-rédaction (A. Ruellan – R. Poss) d’une plaquette sur les sols diffusée récemment à 30 000 exemplaires aux professeurs de l’enseignement secondaire en France, (ii) la publication en 2010 aux éditions IRD d’un dernier ouvrage « Des sols et des hommes. Un lien menacé». Pour Alain Ruellan, on ne pouvait parler des sols sans parler des hommes.

Son action humanitaire, hors du contexte scientifique fut aussi importante à travers son engagement très actif dans plusieurs associations en faveur de la solidarité internationale et du développement durable, comme le Centre de Recherche et d’Information pour le Développement (CRID), ou le Centre Rennais pour le développement et la solidarité internationale (CRIDEV) qu’il a fondé, et la CIMADE (Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués ou Service œcuménique d’entraide) dont il fut le président de 1983 à 1988.
Peu de temps avant son décès, il avait rendu une dernière visite à ses amis brésiliens, dans ce pays, le Brésil, qui était comme une deuxième patrie pour lui.
Alain Ruellan a ainsi, au cours de sa carrière, contribué à un très grand nombre de publications concernant les sols, le développement des pays du Sud, et l’action politique pour la Recherche.
La communauté scientifique française et internationale et l’action pour le développement perdent un homme d’exception avec Alain Ruellan.

Signé : AFES (Association Française pour l’Etude du Sol)

 

 

 

 

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