La problématique

Quelles nécessaires évolutions de nos pratiques agricoles pour mieux préserver la biodiversité des sols ?

Les constats

Les sols agricoles sont sujets à différentes menaces préoccupantes pour les exploitants : érosion hydrique et éolienne, sécheresse, tassement, diminution de rendements. Afin d’atténuer ces menaces, il y a un enjeu à mieux comprendre les liens existants entre pratiques agricoles et biodiversité des sols. Quelles sont les nécessaires évolutions de nos pratiques agricoles pour mieux utiliser les fonctions biologiques des sols (assurées notamment grâce à la diversité et à la quantité d’organismes présents dans les sols) et ainsi préserver la biodiversité des sols ?

Des évolutions de pratiques agricoles telles que la diminution du travail du sol, l’augmentation du taux de matière organique, le maintien d’un couvert végétal sont des portes d’entrée pour amener les agriculteurs à suivre et reconnaitre les fonctions assurées par la biodiversité de leurs sols.

Une information plus large des acteurs agricoles sur les fonctions assurées par la biodiversité des sols permettrait d’accélérer la transition et de pérenniser des pratiques agricoles susceptibles de protéger la faune du sol (préservation des habitats, moindre exposition à la prédation, disparition de la litière, limitation d’apport d’intrants de synthèse, …).  

Il y a ainsi un enjeu fort à mieux faire connaitre la biodiversité des sols dans toute sa richesse et sa complexité, en allant au-delà des seuls vers de terre souvent mis en avant. 


Les leviers

Au vu des freins identifiés, plusieurs leviers semblent actionnables :

Le développement du concept d’agro écologie ces dernières années devrait être un levier pour mieux enseigner le rôle de la biodiversité des sols et des fonctions qu’elle assure.

Développer des formations qui allient une approche théorique et une approche de terrain.

La structuration en groupes d’agriculteurs pour avancer techniquement et économiquement de manière collective sur l’enjeu du sol et de sa fertilité (groupes GIEE, groupes CIVAM, projet REGAIN, etc). Cette structuration en groupes étant également susceptible de faciliter un travail conjoint avec les acteurs de la recherche.


Les freins

On identifie différents freins à une meilleure prise en compte de la biodiversité des sols par les acteurs agricoles :

La description et les fonctions de la biodiversité des sols reste peu enseignée dans la formation initiale et continue des agriculteurs.E

Elle reste souvent abordée sous l’angle de la contrainte davantage que sous l’angle des fonctions qu’elle assure.

Les agriculteurs ont peu de latitude (temporelle et financière) pour expérimenter de nouvelles pratiques basées sur une meilleure connaissance de la biodiversité des sols et des fonctions qu’elle assure.

De nombreux travaux de recherche réalisés ou en cours portent sur le rôle de la biodiversité dans les sols agricoles mais il y a encore trop peu de connexions entre acteurs de la recherche et acteurs de terrain.

Malgré ces travaux de recherche existants, nous connaissons encore trop peu les fonctions assurées par la biodiversité des sols. Trop de liens logiques mais non vérifiés, testés. Les différents stress se cumulent et il est difficile d’isoler les effets de chaque pratique quo peut avoir des effets positifs et des effets négatifs (il faut donc passer à des approches systèmes). 


Le webinaire de la Journée Mondiale des Sols 2020

Autres ressources :


Exemples de projets axés sur un travail collaboratif agriculteurs – chercheurs :

Projet REGAIN : sur le développement de l’agro écologie sur le plateau de Valensole

Projet ECOVITISOL : sur un travail collaboratif entre viticulteurs et chercheurs pour mieux connaitre et préserver la biodiversité des sols

Projet AgrInnov : sur le développement de bio indicateurs pour permettre aux agriculteurs d’évaluer l’impact de leurs pratiques sur la biologie de leur sol.

PecnotLab mis en place par Rhyzobiome pour permettre aux agriculteurs de se former sur l’analyse et le suivi de la qualité de leurs sols.

Ouvrages :

Pesticides, agriculture et environnement – Réduire l’utilisation des pesticides et en limiter les impacts environnementaux. Ed. Quae 2011

Faut-il travailler le sol ? Acquis et innovations pour une agriculture durable. Labreuche et. al. 2014

Les sols et la vie souterraine : des enjeux majeurs en agro écologie. Briat et al. 2017 QUAE

Le sol vivant. Bases de pédologie Biologie des sols. Gobat et al. 2010

Publications dans la revue Étude et Gestion des Sols :


Y. Capowiez, M. Rault, C. Mazzia, C. Lhoutellier et S. Houot. (2009) Étude des effets des apports de produits résiduaires organiques sur la macrofaune lombricienne en conditions de grandes cultures. Étude et Gestion des Sols, Volume 16, 3/4, p. 175-185
Karimi, B; Masson, V; Guilland, C; Leroy, E; Pellegrinelli, S; Giboulot, E; Maron, P -A; Ranjard, L. (2021) La biodiversité des sols est-elle impactée par l’apport de cuivre ou son accumulation dans les sols vignes ? Synthèse des connaissances scientifiques. Etude et Gestion des Sols, 28 (1), p. 71-92.
Calvaruso, C; Blanchart, A; Bertin, S; Grand, C; Pierart, A; Eglin, T (2021) Quels paramètres du sol mesurer pour évaluer les fonctions et les services écosystémiques associés ? Revue de la littérature et sélection de paramètres en ateliers participatifs. Etude et Gestion des Sols, 28 (1), p. 3-29, 2021.
Brauman, A; Thoumazeau, A (2020) Biofunctool® : un outil de terrain pour évaluer la santé des sols, basé sur la mesure de fonctions issues de l'activité des organismes du sol. Etude et Gestion des Sols, 27 (1), p. 289-303.
Blanchart, E; Trap, J (2020) Intensifier les fonctions écologiques du sol pour fournir durablement des services écosystémiques en agriculture. Etude et Gestion des Sols, 27 (1), p. 121-134, 2020. N'hésitez pas à consulter la page de la revue EGS avec de nombreux articles sur ce thème.

Personnes ressources :

Yvan CAPOWIEZ


Yvan CAPOWIEZ, chargé de recherche INRAE au sein de l’équipe DISCOVE. Yvan Capowiez travaille depuis 20 ans sur les vers de terre à l'INRA d'Avignon. Il est un spécialiste du comportement des lombriciens et ses recherches visent à mettre en relations les communautés de vers de terre en parcelles agricoles et certaines fonctions physiques du sol (macroporosité, infiltration de l'eau ...).

Florian CARLET


Florian Carlet est animateur au Groupement Régional des CIVAM de la Région PACA. Associations historiquement nées dans les valeurs de l'éducation populaire, les CIVAM travaillent une approche transversale de la durabilité en agriculture - autour des piliers sociaux, environnementaux et économiques - en accompagnant des collectifs d'agriculteurs engagés dans ces démarches de durabilité. Au sein du réseau "Agricultures Durables en Méditerranée" que mènent plusieurs CIVAM méditerranéens, il travaille en particulier à une meilleure intégration de l'arbre à la ferme (haies, agroforesterie intra-parcellaire,...) ainsi que sur la préservation du sol avec plusieurs groupes d'agriculteurs, au travers notamment du levier des matières organiques. Ces thématiques le conduisent à travailler avec les agriculteurs tant sur de l'animation de groupes que de la recherche et de l'expérimentation en contexte paysan, de la capitalisation d'expériences ou même le portage politique de certains messages comme la nécessaire préservation du sol, de l'échelle de la ferme à celle des territoires.

Sophie DRAGON DARMUZEY


Sophie DRAGON-DARMUZEY, Chargée de mission agro écologie, coordinatrice du projet REGAIN pour le Parc Naturel régional du Verdon. Le projet REGAIN vise à remettre le sujet de la qualité biologique des sols au cœur des préoccupations des agriculteurs du plateau de Valensole. Ce projet vis à accompagner un collectif de 28 agriculteurs (formalisé en GIEE) en leur proposant l’analyse de leurs sols (34 parcelles de suivi), le suivi de formation et l’expérimentation de nouvelles pratiques  susceptibles de mieux préserver et valoriser la biodiversité de leurs sols.

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial