Cette étude, menée dans le cadre du projet “Tous en sol” dans trois métropoles du Grand Est (Nancy, Metz et Strasbourg), étudie les approches sensorielles et participatives comme critère d’évaluation de la qualité des sols urbains. Trois ateliers citoyens ont permis d’associer habitants et chercheurs dans la co-construction de questions de recherche autour des sols, en combinant observations sensorielles et échanges collectifs. Chaque atelier, organisé sur une demi-journée, a conduit les participants d’une phase de contextualisation sensorielle des sols (observations individuelles, échanges en binômes et construction collective d’une représentation du sol) vers une phase de problématisation, au cours de laquelle leurs étonnements ont été transformés en questions de recherche sur la qualité des sols urbains.
L’analyse des descriptions sensorielles montre que les participants mobilisent un lexique organisé autour de gradients perceptifs cohérents (sec/frais, compact/friable, clair/noir), révélant un noyau commun de descripteurs transposables dans des protocoles standardisés. Les étonnements et les questions formulés par les citoyens mettent en lumière la pluralité des enjeux attribués aux sols urbains : écologiques, productifs, sanitaires, sensibles et culturels. Ces représentations varient selon les contextes sociaux et territoriaux, montrant que les perceptions citoyennes sont situées et pluridimensionnelles. Des différences entre les trois métropoles sont notables avec des enjeux d’avantage liés à la pollution des sols sur Strasbourg, à une approche sensible des sols sur Metz et à la compatibilité de la qualité des sols avec les usages sur Nancy. La démarche de l’atelier participatif “Tous en sol” démontre ainsi son potentiel pour mettre en évidence des questions de recherche autour de la qualité des sols urbains, basé sur des approches sensorielles et des réflexions collectives. A terme, ce type de démarche pourrait favoriser la production de pré-diagnostics partagés et renforcer la médiation entre langage scientifique et vécu citoyen. Elle constitue un outil complémentaire pour articuler indicateurs agro-pédo-biologiques, enjeux socio-écologiques et appropriation collective de la qualité des sols. Bien que la démarche de l’atelier ait permis d’identifier des questions de recherches citoyennes, l’analyse des résultats issu de cet atelier reste limitée. Le fait que les participants ont été recrutés via des réseaux déjà sensibilisés aux enjeux environnementaux peut influencer les perceptions exprimées. Le travail collectif en atelier a également pu favoriser des convergences dans les réponses. Enfin, le nombre limité de participants dans certaines villes et le caractère participatif et volontaire de la démarche invitent à considérer les résultats comme exploratoires plutôt que généralisables.
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