Instinctivement et pour les non-spécialistes, les sols construits semblent diamétralement opposés aux sols naturels dans le spectre de la grande diversité des sols observables en France. Formuler le sujet différemment suffit déjà à nuancer cette perception : en quoi les
sols construits se rapprochent et/ou diffèrent des sols naturels ? L’interrogation autour de la place des Anthroposols construits par rapport aux références naturelles reflète l’évolution de la pédologie moderne. Pour y répondre, il est nécessaire de revenir à la définition même des sols et à ce qui les caractérise. Le concept de sol, polysémique, n’a cessé d’évoluer au cours du temps. Historiquement vus comme de simples supports pour la production de biomasse, ils sont aujourd’hui considérés comme des systèmes complexes et multifonctionnels rendant de nombreux services aux sociétés humaines.
En France métropolitaine, il n’existe quasiment plus de sols naturels stricto sensu mais une multitude de sols avec un gradient d’anthropisation croissant allant du sol pseudo-naturel aux sols fortement anthropisés (dont les Anthroposols). A l’extrémité supérieure de ce gradient, la construction de sol permet grâce au génie pédologique et à partir de matériaux issus de l’économie circulaire de recréer des sols fonctionnels là où ils ont été dégradés ou détruits. Bien que contenant des artéfacts anthropiques absents des sols naturels, les sols construits apparaissent comme des sols à part entière. Répondant en grande partie à la définition générale du sol, ce sont des interfaces avec les autres compartiments de l’environnement ; ils sont réalisés avec une organisation interne réfléchie en termes de constituants et d’horizons, et conçus pour être biologiquement actifs. S’ils ne peuvent remplacer la multifonctionnalité intrinsèque des sols naturels, ils sont capables de remplir les mêmes fonctions individuellement et de rendre les mêmes services écosystémiques dans un éventail et à des niveaux qui restent à préciser.
Pouvant être considérés comme des sols allochtones anthropiques, les Anthroposols construits se démarquent par leur (néo)
pédogenèse. A l’opposé des sols naturels, dont la formation et l’évolution sont indissociables, lentes, progressives et déterminées par les grands facteurs naturels, et après une phase de création instantanée par la main de l’Homme, les premiers stades d’évolution des sols construits apparaissent intenses et précoces, avec des combinaisons de processus pédogénétiques inédites dans la nature. L’évaluation ou la prédiction de leur durabilité et de leur convergence vers des références naturelles à moyen/long terme restent de forts enjeux de recherche.
Finalement, plutôt que d’opposition ou d’équivalence, parlons de complémentarité : s’ils ne peuvent ni remplacer les sols naturels,
ressource non renouvelable, références écologiques et patrimoniales, ni servir d’alibi à leur destruction, les sols construits constituent un outil d’aménagement et de reconquête des surfaces artificialisées au sein d’une démarche d’économie circulaire.
Parce que l’AFES est une association, et ne peut agir que grâce au soutien de ses membres. Si vous appréciez ce que nous faisons, n'hésitez pas à faire un don ou à rejoindre le réseau de nos adhérent·es.