Clés de sol, l’union des acteurs territoriaux
14 fiches protocoles, 16 indicateurs
Le 4 février 2026,
Découvrez l’interview de l’un des membres fondateurs du projet Clés de Sol, Ludovic Serin, chargé de mission à l’Union nationale des Centres permanents d’initiatives pour l’environnement (UNCPIE).
Texte révisé et amendé par : Ludovic Serin (consortium clés de sol), Blandine Lemercier (consortium clés de sol), Mégane Roncier (AFES) et Clément Descarpentries (AFES)
Question 1 : Clés de Sol, c’est qui et quoi ?
Clés de Sol, c’est un collectif initialement porté par INRAE qui a été rejoint par des acteurs de la société civile (Chambre régionale d’agriculture Grand Est, Union nationale des CPIE, France Nature Environnement, Sol&co devenu EODD), avec une préoccupation première « Comment améliorer la connaissance des sols pour qu’ils soient mieux pris en compte ? » en s’attachant aux attentes de la société civile locale sur les territoires.
Le projet, actuellement qualifié de recherche participative (création de protocole) va passer à l’état de sciences participatives avec sa troisième phase dédiée au déploiement, mais non encore engagée.
Ce projet vise deux objectifs étroitement associés :
- Améliorer la cartographie des sols aux échelles territoriales en développant des méthodes participatives permettant d’enrichir les bases de données existantes, d’améliorer les cartes produites et d’en faciliter les usages ;
- Contribuer à diffuser dans la société une meilleure connaissance des sols et des enjeux dont ils sont porteurs
Le projet, qui a produit 14 fiches protocoles pour 16 indicateurs, se concentre sur la question des propriétés physico-chimiques et hydriques des sols, aspect nouveau en matière de projet participatif.
Question 2 : Comment est né le projet initialement ?
L’initiative a été portée par l’INRAE en 2014. L’Union nationale des Centres permanents d’initiatives pour l’environnement (UNCPIE) a alors été sollicitée, avec France Nature Environnement (FNE), pour réfléchir avec eux sur la possibilité de créer des protocoles participatifs dans un double objectif : améliorer la cartographie de connaissance des sols et contribuer à diffuser dans la société une meilleure connaissance des sols et des enjeux dont ils sont porteurs.
Tout un travail préparatoire et de benchmarking est alors mené et « Clés de sol » se formalise en 2018, et candidate à un appel à projet « CO-Construction de Connaissances pour la transition écologique et solidaire » (CO3), que le projet remporte. Cette première phase du projet 2019-2021, financée par la Fondation de France, sera suivie d’une deuxième 2023-2025, financée par l’ADEME.
Le début du projet a consisté à se réunir entre structures participantes pour savoir quelles données il fallait aller chercher, selon les propositions des chercheurs. Les acteurs territoriaux sont venus compléter cette première approche pour définir ce qui était réellement recherché pour la société civile. C’en est alors suivi une étape de reprise de protocoles existants pour les mettre à jour et les rendre accessibles, participatifs, de tests des protocoles avec des bénévoles afin de faire remonter les données aux testeurs plus experts.
Ces données produites ont été analysées afin de comparer les résultats du test du même protocole par des cibles différentes. Cela a permis de se questionner sur la faisabilité des protocoles par des personnes non expertes et par la suite d’utiliser ces données par le monde de la recherche.
Lors de la deuxième phase (2023-2025), certains paramètres ont été ajoutés pour une prise en compte des enjeux plus globaux (notamment au sujet de l’eau). Elle a aussi fait l’objet d’un travail d’interprétation des données avec la création d’un outil.
C’est durant cette période que la question de la diffusion s’est posée et du lien avec d’autres structures qui portent des projets participatifs sur les sols, comme par exemple l’OPVT ou Jardibiodiv…
C’est à ce moment-là que le réseau SRP Sols animé par l’AFES a notamment aidé à faire le lien avec d’autres projets pour identifier le besoin encore existant pour aller plus loin.
Question 3 : Quelles sont les actualités du projet ?
Le dernier atelier de la deuxième phase (2023-2025) du projet a eu lieu en décembre 2025. La mallette Clés de Sol a suscité l’intérêt d’un grand nombre de structures, ce qui montre un enthousiasme certain pour proposer une suite au projet en se focalisant sur la question des leviers territoriaux pour l’utilisation des protocoles.
La diffusion de la mallette mise en forme au format numérique marque la fin officielle de la deuxième phase et un rapport précisera les pistes pour la suite possible à Clés de Sol.
2026 sera donc l’année de l’élaboration de la troisième phase ! En l’état, l’une des préoccupations principales se porte sur la question des données. Clés de Sol doit être utile pour la recherche, il faut donc s’interroger sur le format et lieu de stockage des données et leur utilisation. La perspective de la journée, organisée par l’AFES le 16 avril prochain, “Journée de co-construction : Intégrer les données participatives sur les sols dans les bases de données nationales sur les sols.” va dans le sens de cette réflexion en cours. Elle a pour objectif d’élaborer une feuille de route collective pour l’intégration et la valorisation des données issues des projets participatifs sur les sols dans les bases de données nationales sur les sols. En savoir plus sur la journée.
Question 4 : Quelles sont les difficultés rencontrées s’il en a eu et les leviers/solutions trouvé(e)s ?
Ludovic nous explique qu’au début assez classiquement, ils pensaient que mobiliser les gens sur les territoires sur cette thématique ne serait pas évident mais ça n’a pas été le cas, les CPIE ont réussi et ça a même été considéré comme une opportunité d’amener un sujet nouveau sur le devant de la scène.
Ce qui a été plus challengeant, c’est la mise en place des protocoles eux-mêmes. En effet, les tests se déroulent en général sur 2 demi-journées entières sur le terrain, avec du temps d’attente entre les deux. Il faut donc réussir à créer des conditions pour que le collectif passe un bon moment et y voit un intérêt ! Dans ce contexte, l’outil fonctionne et a fait ses preuves en ce qui concerne la mobilisation des participants.
La réalisation de certains protocoles n’est pas toujours aisée et c’est justement le défi de les simplifier pour les rendre accessibles à des utilisateurs peu avertis, en permettant d’obtenir des résultats justes et utiles. L’objectif n’a jamais été de simplifier au détriment de la qualité et de l’intérêt des données produites ! Néanmoins, les protocoles demandent encore d’être améliorés et surtout d’être accompagnés dans leur réalisation par des personnes formées.
Une petite frustration se fait sentir sur la phase 2 qui aurait dû se concentrer plus sur la problématique de recherche territoriale, temps qui a été accaparé par la finalisation de la mallette. L’atelier de décembre 2025 a permis de poser les bases et cela donne des perspectives pour la suite !
Question 5 : Quelles sont les perspectives du projet ?
Les protocoles sont maintenant pratiquement tous stabilisés. En 2026, une première version de la mallette est finalisée et les structures vont pouvoir commencer à se l’approprier concrètement. En effet, cet outil de sciences participatives ne peut pas s’auto-porter, il faut un acteur territorial pour mener la danse, car il nécessite des personnes avec une première formation/expérience.
La phase 3 à venir sera dédiée au déploiement et au lien avec d’autres projets participatifs. Les protocoles seront améliorés continuellement au regard des retours. L’Union nationale des CPIE commencera à diffuser la mallette dans son réseau.
Question 6 : Pour finir sur une note positive, qu’est ce que ce projet vous apporte et qu’est ce qui en fait sa différence et sa force ?
Le point fort du projet, c’est le rôle prépondérant des acteurs territoriaux ! Les inclure, c’est s’assurer qu’on sert réellement les territoires en ramenant toujours la question initiale au besoin. Ce qui n’est pas toujours le cas quand la recherche n’est faite qu’à l’échelle du laboratoire et des chercheurs… et donc le participatif ! Le projet a produit et bougé grâce à cette dimension collaborative et participative.
Petite note finale et personnelle pour Ludovic : en tant qu’expert agronome, il a découvert le monde des pédologues. C’est pour lui une petite communauté remarquable de gens passionnés par une thématique précise mais sans fin à explorer !
Merci
🡪 En savoir plus sur le projet Clés de Sol : ici
🡪 En savoir plus sur le réseau de porteurs de projets en sciences et recherches participatives sur les sols : ICI.
Évènement Jeudi 16 avril 2026 à Paris : « Intégrer les données participatives sur les sols dans les bases de données nationales sur les sols »
En savoir plus ici : https://www.afes.fr/evenements/integrer-les-donnees-participatives-sur-les-sols-dans-les-bases-de-donnees-nationales-sur-les-sols/

