Extrait de la préface :
Le sol est le fondement de notre identité et de notre rapport à la réalité. Ne dit-on pas « avoir les pieds sur terre » ? Tout ce que nous faisons est fait sur le sol ou à partir du sol. Il est aussi, depuis toujours, une ressource de grande valeur dont nous tirons notre subsistance ou des avantages économiques, et qu’il faut donc se partager, plus ou moins facilement. C’est donc aussi un enjeu de gouvernance et de souveraineté : le droit du sol est important, la fiscalité et la régulation de l’usage des sols sont des prérogatives importantes des gouvernements ; les différents sur qui gère et profite des terres ont causé la plupart des conflits armés dans l’histoire.
Et voilà qu’une problématique nouvelle apparaît : nous découvrons que nos sols sont dégradés, pour 60 % d’entre eux : artificialisés, dégradés, érodés, pollués voire contaminés, menaçant la production et les modèles économiques de l’agriculture, la biodiversité, et de vastes pans de nos vies. Nous avons en effet pendant longtemps oublié que le sol n’est pas qu’un support physique, voire physicochimique, pour nos activités. Nous l’avons travaillé, aménagé… sans ménagement pour la vie qu’il abrite, pour construire nos bâtiments et infrastructures, exploiter les minéraux souterrains, gérer l’eau à notre convenance, produire nos cultures ou planter des forêts propices à nos activités. Le sujet de la pollution des sols industriels a émergé le premier, puisqu’ils étaient durablement stérilisés : les activités polluantes ont été régulées et taxées y compris sous cet angle, l’État dont l’ADEME ont lancé des programmes de restauration… À l’époque il ne s’agissait que de terrains industriels abandonnés.
Aujourd’hui le problème est beaucoup plus général. Nous redécouvrons depuis quelques années que nous ne sommes pas seuls à utiliser le sol, et pas non plus seuls à le gérer. D’innombrables organismes vivants le font aussi… souvent à notre avantage. Les arbres et tous leurs écosystèmes fabriquent le sol, les animaux, des bactéries aux petits mammifères souterrains l’enrichissent, l’aèrent, le travaillent, le structurent et lui donnent sa productivité ; l’eau permet à tous ces organismes de vivre, et avec eux le mobilise, l’hydrate et le fait évoluer en permanence. Tous vivent du sol, et les aménités dont nous bénéficions sont le résultat d’un fonctionnement d’ensemble.
Après les composants chimiques azote-potasse-phosphore, on retrouve ainsi à quel point la matière organique est importante pour l’agriculture, et à quel point on peut la perdre, à quel point les micro-organismes sont importants pour la gestion de l’eau… On parle maintenant de sols vivants, par extension, pour exprimer qu’ils forment des écosystèmes complexes et évolutifs avec lesquels nous interagissons – souvent à leur détriment : du fait de nos pressions, la santé des sols est dégradée, au sens où ces écosystèmes ne fonctionnent plus aussi bien… et nous en ressentons les conséquences.
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Cette nouvelle vision des sols comme des écosystèmes vivants et vulnérables constitue un nouveau champ de recherche, d’innovation dans les pratiques et de gestion publique d’un bien commun essentiel. La santé des sols conditionne l’habitabilité de la planète, au même titre que le climat ou l’eau, et à plus court terme une large part de notre propre santé et prospérité. Ces thèmes méritent qu’on en débatte largement. C’est le mérite de ce numéro de développer cette nouvelle perspective de points de vue très différents.
L’ouvrage est séparé en quatre grandes parties :
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